Les jardins partagés de Paris

Introduction

Pendant mon séjour à Paris ce semestre, je voulais découvrir les espaces verts de cette ville. Quand on habite dans un environnement urbain, l’agitation de la ville peut être accablante, et c’est parfois difficile d’y trouver un refuge. Paris ne manque pas d’espaces verts : cette ville est bien connue pour ses jardins et parcs magnifiques, par exemple les jardins du Luxembourg et des Tuileries et le bois de Vincennes. La mairie de Paris gère presque 500 parcs, jardins, et squares municipaux. Par conséquent, je cherchais des espaces verts un peu plus cachés et moins connus.

Je m’intéresse aux jardins communautaires et partagés, parce que le jardinage offre une manière d’insertion sociale unique. L'été dernier, j’ai fait un stage avec International Rescue Committee dans le département qui s’occupe de la sécurité alimentaire. Le département gère trois jardins communautaires à Baltimore qui soutiennent environ 250 réfugiés. Ces jardins permettent aux réfugiés qui viennent de pays aux modes de vie agricoles de continuer leurs habitudes à produire leur propre nourriture, et aussi d’avoir accès à un espace partagé et commun pour rencontrer d’autres réfugiés et trouver un espace solidaire dans une ville étrangère. Le jardinage leur permet de garder un lien avec leurs pays d’origine, et aussi de subvenir à leurs besoins alimentaires.

Ici à Paris, j’ai découvert des jardins partagés dans lesquels on s’intéresse à la biodiversité ainsi qu’à la sociodiversité. Les jardins partagés offrent des activités pédagogiques, culturelles, et artistiques, ouvertes à tous. On y cultive des légumes et des herbes, mais aussi on y développe des liens avec ses voisins. Ces jardins à Paris engendrent la mixité sociale et rendent possible des rencontres entre générations et cultures. De plus, ils aident les personnes à risque à développer un esprit de responsabilité et une confiance en soi.

L’évolution des jardins partagés en France

En 1896, le prêtre français l’abbé Lemire a inventé le terme « jardin ouvrier. » Les jardins ouvriers sont des lopins de terre d’environ 200 m2 mis à la disposition des ouvriers par les municipalités pour améliorer les conditions de vie avec une autosuffisance alimentaire. En 1950, après la Seconde Guerre mondiale, les « jardins ouvriers » ont été officiellement rebaptisés « jardins familiaux. » Ces parcelles individuelles permettaient aux familles de conditions modestes de subvenir à leurs besoins alimentaires quotidiens.

La notion moderne d’un jardin partagé s’inspire des « community gardens » ou jardins communautaires américains, en particulier de New York, qui ont été créés dans les années 1970 au milieu d’une crise immobilière. La démolition de bâtiments a laissé des terrains à l’abandon, et en 1973, l’artiste américaine Liz Christy a formé les Green Guerillas à New York, un groupe qui lance les « seed bombs » par-dessus les grilles des terrains vagues pour les transformer en jardins. Le mouvement s’est répandu à travers la ville, et en 1978 la municipalité de New York a lancé le programme Green Thumb pour aider et participer au développement de ces jardins urbains.

Au cours des années 1990, de nombreuses associations françaises ont jugé le modèle du jardin familial trop contraignant, comparé aux jardins communautaires qui apparaissaient aux États-Unis. Contrairement à la parcelle personnelle d’un jardin familial, un jardin partagé est collectif. De plus, il ne s’agit pas seulement de cultiver des fruits et des légumes pour se nourrir, mais aussi de travailler ensemble et de partager des projets et des idées. En 1997, à Lille, le premier jardin partagé français a été conçu, sous la gestion d’un nouveau réseau des jardins partagés, « Le Jardin dans tous ses états » (JTSE). En 2003, la ville de Paris a mis en place la première politique municipale en France pour encadrer le jardinage partagé.

Aujourd’hui

Actuellement, il existe plus d’une centaine de jardins partagés dans la ville de Paris, et encore beaucoup d’autres dans la région Île-de-France. Ils se différencient par leur organisation et leur usage, mais chaque association qui gère un jardin partagé doit signer avec la mairie de Paris la charte Main Verte. La charte repose sur trois conditions nécessaires - le développement d’une démarche participative, la création de lien social, et le jardinage dans le respect de l’environnement. En signant cette charte, les associations deviennent membre du réseau des jardins partagés animé par la Ville de Paris, et bénéficient de l’aide de la mairie comme par exemple des conseils sur les pratiques.

Ces jardins ont différentes fonctions et rassemblent diverses personnes. Il s’agit de jardins familiaux ou d’habitants d’un quartier, de jardins pédagogiques ou thérapeutiques et de jardins d’insertion. Des jardiniers chevronnés et débutants sont accueillis. Dans tous les cas, tous les jardins ont pour but de créer un environnement convivial et de développer une présence écologique au sein des espaces urbains.